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Moins de croissance, plus de vie : pourquoi de plus en plus d'Américains choisissent l'Italie (et ce que révèle vraiment la comparaison entre les États-Unis et l'UE)

  • studiolegalelanzi
  • il y a 3 jours
  • 11 min de lecture



Le « déclin » européen est-il une illusion statistique ?

Depuis quelques années, un chiffre circule comme un mantra dans les conférences économiques et les discours politiques : de 2000 à aujourd'hui, le PIB par habitant de la zone euro aurait augmenté d'environ moitié moins que celui des États-Unis. C'est le chiffre que le secrétaire au Commerce américain Howard Lutnick a brandi à Davos en janvier dernier pour qualifier l'Europe de continent en déclin économique structurel, incapable de rivaliser avec l'innovation américaine et désormais exclu de la révolution de l'intelligence artificielle.

Le prix Nobel Paul Krugman, dans une longue analyse délibérément « wonkish » publiée sur son Substack le 5 juillet 2026, a remis en question ce récit sous un angle technique mais substantiel. Sa thèse centrale : si l'on examine le PIB ou la productivité calculés en parité de pouvoir d'achat (PPA), année après année, l'écart entre l'Europe et les États-Unis ne s'est nullement creusé au cours des 25 dernières années — il se serait même légèrement réduit. Le « paradoxe États-Unis-UE », comme l'appelle Krugman, provient du fait qu'il existe deux méthodes statistiques tout aussi orthodoxes, toutes deux utilisées par des institutions faisant autorité, qui aboutissent pourtant à des conclusions opposées : la croissance mesurée en monnaie courante raconte une Europe en difficulté, tandis que la croissance mesurée en pouvoir d'achat raconte une résistance substantielle.

Krugman identifie deux raisons techniques à cet écart. La première tient à la composition industrielle différente des deux économies : les États-Unis sont beaucoup plus concentrés dans le secteur technologique, ce qui engendre une divergence dans les statistiques de croissance qui ne se traduit pas par une divergence comparable dans les niveaux de vie réels. La seconde tient à la difficulté intrinsèque de mesurer la croissance en période de changement technologique rapide — un problème qui s'atténue lorsqu'on compare les économies à un moment donné plutôt que dans le temps.

Une contribution publiée le 11 juillet 2026 dans la newsletter « Appunti » de Stefano Feltri, signée par l'économiste Maurizio Pugno, enrichit le tableau en déplaçant l'attention du PIB vers le bien-être. Un rapport du Centre commun de recherche de la Commission européenne, cité dans l'article, montrerait une amélioration du bien-être psychologique et social des citoyens européens par rapport aux Américains depuis 2010, la satisfaction à l'égard de la vie étant en hausse en Europe alors qu'elle tend à diminuer aux États-Unis malgré une croissance du PIB plus soutenue — le classique « paradoxe du bonheur » déjà observé dans les années 1990, aujourd'hui encore plus marqué. S'y ajoute une donnée d'Our World in Data citée dans l'article : l'espérance de vie a davantage progressé en Europe alors que les dépenses de santé par habitant y ont augmenté bien moins qu'aux États-Unis — signe, selon Pugno, que l'Europe convertit les ressources matérielles en bien-être effectif de manière plus efficace. L'article ne cache toutefois pas un motif d'inquiétude : depuis 2012, les compétences cognitives des adolescents de quinze ans (mathématiques et lecture) seraient en baisse tant en Europe occidentale qu'aux États-Unis, un signal qui, s'il n'est pas corrigé par des investissements dans le capital humain, risque de compromettre à terme l'avantage européen en matière de bien-être.

En résumé : le récit d'une Europe irrémédiablement plus pauvre et « en retard » par rapport aux États-Unis ne tient que si l'on s'en tient à une mesure particulière de croissance nominale, et il fait abstraction tant des corrections liées au pouvoir d'achat que — surtout — des dimensions non monétaires du bien-être : sécurité économique, inégalités, espérance de vie, temps libre. Et c'est précisément sur ce second plan — celui de bien vivre, et non simplement de produire davantage — que s'inscrit un phénomène migratoire qui concerne de plus en plus étroitement l'Italie.


L'exode silencieux : pourquoi les Américains s'installent en Italie

Le flux de citoyens américains vers l'Europe n'est plus un phénomène marginal. Selon des estimations récentes, plus de 1,5 million d'Américains résident aujourd'hui sur le continent, et les données Istat les plus à jour recensent 17 650 citoyens américains légalement résidents en Italie au 1er janvier 2025, en hausse de 6,7 % par rapport à l'année précédente — soit une augmentation de plus de 2 000 personnes par rapport à 2020, ce qui fait des Américains la deuxième communauté anglophone du pays après la communauté britannique. Près de la moitié de cette communauté se concentre dans trois régions au profil très différent : le Latium (Rome, pour des raisons institutionnelles liées aux ambassades et aux universités pontificales), la Lombardie (Milan, en croissance plus rapide, portée notamment par des personnes fortunées) et la Toscane, où Florence compte à elle seule 1 229 résidents américains et où les Américains représentent 0,60 % de la population étrangère régionale, la proportion la plus élevée d'Italie.

Les raisons de ce choix sont plus nuancées que le simple attrait esthétique de la « Dolce Vita ». D'un côté pèsent des facteurs de « répulsion » (push) : des enquêtes récentes montrent qu'un quart des Américains ont envisagé de s'installer à l'étranger, avec des pics de recherches en ligne liés à certains événements politiques ; s'y ajoute, pour une part croissante de la population, le caractère insoutenable des coûts de santé privés aux États-Unis, aggravé cette année par l'expiration des crédits d'impôt renforcés de l'Affordable Care Act, qui a fait grimper les primes d'assurance pour des millions de familles. De l'autre côté pèsent des facteurs d'« attraction » (pull) proprement italiens : un coût de la vie nettement inférieur, un marché immobilier qui, dans les villages et les campagnes, permet encore aujourd'hui d'acheter un logement à des prix difficilement imaginables dans un contexte urbain américain — autour de 50 000 euros dans de nombreuses zones rurales de Toscane et d'autres régions — un rythme de vie perçu comme moins compétitif et davantage centré sur la qualité des relations, ainsi qu'un système de santé public accessible à des coûts contenus, même pour ceux qui n'y ont pas droit automatiquement. Il convient également de noter que le paysage des possibilités a récemment changé sur un point précis : la loi 74/2025, confirmée par un arrêt de la Cour constitutionnelle au printemps 2026, a restreint l'accès à la citoyenneté italienne par filiation aux seuls enfants et petits-enfants de citoyens italiens, fermant ainsi l'une des voies les plus empruntées par des millions d'Américains d'origine italienne pour obtenir un passeport européen. La voie ordinaire de l'immigration — visas, titres de séjour, résidence fiscale — devient donc aujourd'hui encore plus centrale.


Les titres de séjour : quelle voie pour un citoyen américain

N'étant pas citoyens de l'Union européenne, les ressortissants américains doivent nécessairement obtenir, avant leur entrée en Italie pour des séjours de plus de 90 jours, un visa national (visa « D ») auprès du consulat italien compétent pour leur juridiction de résidence, à convertir ensuite en titre de séjour (permesso di soggiorno) dans les huit jours ouvrables suivant l'entrée sur le territoire. Les principales voies possibles sont les suivantes :

Visa et titre de séjour pour résidence élective. C'est la voie la plus utilisée par ceux qui s'installent sans intention de travailler en Italie — typiquement des retraités ou des personnes disposant de revenus de placements ou de rentes. Régie par l'article 11 du décret présidentiel n° 394/1999 portant application du texte unique sur l'immigration, elle exige de disposer d'un logement en Italie (acheté ou loué avec un contrat enregistré) et de ressources économiques stables, continues et non salariales — de l'ordre d'au moins 31 000 euros par an pour le demandeur, justifiées par les déclarations fiscales des trois dernières années. Le titulaire de ce titre de séjour ne peut exercer aucune activité professionnelle, salariée ou indépendante, en Italie. Le titre est initialement valable un an, renouvelable, et exige que le titulaire réside effectivement en Italie pendant au moins la moitié de la période de validité ; la jurisprudence administrative la plus récente a d'ailleurs précisé que l'administration doit vérifier la volonté réelle de s'installer en Italie, afin d'éviter un usage détourné de ce dispositif. Après cinq ans, il est possible d'accéder au titre de séjour de résident de longue durée UE, et après dix ans, à la naturalisation.

Visas de travail. Pour ceux qui souhaitent en revanche travailler en Italie, il existe le visa pour emploi salarié (qui suppose la délivrance préalable d'une autorisation, le nulla osta, par le guichet unique de l'immigration à la demande de l'employeur, dans les limites fixées par les décrets annuels sur les flux migratoires) et le visa pour travail indépendant, destiné à ceux qui souhaitent créer une activité professionnelle, artisanale ou commerciale, ou constituer une société, sous réserve de remplir les mêmes exigences professionnelles que celles requises des citoyens italiens pour le même type d'activité.

Visa pour investisseurs et start-up innovantes. Pour ceux qui disposent de capitaux à investir, le cadre réglementaire prévoit des titres de séjour liés à des projets d'investissement pour le développement d'activités en Italie, subordonnés à la disponibilité d'au moins 50 000 euros pour une start-up innovante propre ou de 250 000 euros dans une entreprise tierce, ou encore à un revenu annuel de sources non salariales d'au moins 32 000 euros.

Visa nomade numérique et autres titres mineurs. L'Italie a activé, comme plusieurs autres pays européens, un dispositif dédié aux travailleurs à distance hautement qualifiés, en plus des visas traditionnels pour études ou regroupement familial.

Dans tous les cas, une fois le titre de séjour obtenu, l'étape suivante consiste en l'inscription au registre de la population (anagrafe) auprès de la commune de résidence, ce qui ouvre la voie à la carte d'identité italienne et à l'accès aux services publics, y compris la santé.


L'inscription au Service national de santé

L'un des principaux atouts de l'Italie pour les citoyens américains réside précisément dans le rapport coût-bénéfice de son système de santé. Les titulaires d'un titre de séjour pour travail salarié ou indépendant, pour motifs familiaux ou pour d'autres catégories assimilées ont droit à l'inscription obligatoire et gratuite au Service national de santé (SSN), avec un traitement égal à celui des citoyens italiens.

En revanche, les titulaires d'un titre de séjour pour résidence élective — la catégorie la plus fréquente parmi les retraités américains qui s'installent sans travailler — ne relèvent pas de l'inscription obligatoire, mais peuvent opter pour une inscription volontaire, moyennant le versement d'une cotisation forfaitaire annuelle donnant droit aux mêmes prestations que celles accordées aux citoyens italiens, y compris le choix d'un médecin de famille. Cette cotisation, autrefois fixée à 387,34 euros, a été portée par la loi de finances 2024 à 2 000 euros par an pour l'ensemble des étrangers non soumis à l'inscription obligatoire (700 euros pour les étudiants et le personnel religieux), montant non fractionnable, à verser par année civile à l'agence sanitaire locale (ASL) compétente. Il est par ailleurs toujours possible de souscrire une assurance santé privée valable sur le territoire italien — obligation qui s'impose en tout état de cause à quiconque demande le regroupement familial d'un parent de plus de soixante-cinq ans, sauf inscription au SSN. Même à 2 000 euros par an, la comparaison avec le coût d'une couverture santé privée comparable aux États-Unis reste nettement favorable pour le retraité qui s'installe durablement.


Le régime fiscal du citoyen américain résident en Italie

C'est ici que la planification exige le plus d'attention, car le citoyen américain résident en Italie se trouve au croisement de deux systèmes fiscaux obéissant à des principes différents.

La résidence fiscale italienne et l'imposition mondiale. Quiconque transfère sa résidence en Italie — et y réside pendant la majeure partie de la période d'imposition selon les critères de l'article 2 du TUIR (code des impôts sur le revenu), tel que réformé par le décret législatif 209/2023 (inscription au registre de la population, domicile en tant que centre des relations personnelles, présence physique prépondérante) — devient soumis au principe de l'imposition mondiale (worldwide taxation) : l'ensemble des revenus, où qu'ils soient produits, doivent être déclarés et imposés en Italie, sous réserve des dispositions de la convention contre les doubles impositions.

La convention Italie-États-Unis. Signée à Washington le 25 août 1999 et ratifiée par la loi 20/2009, cette convention bilatérale règle la répartition du pouvoir d'imposition entre les deux États. Un point particulièrement important pour les retraités concerne l'article 18 : les pensions de source américaine — y compris les prestations de la Social Security et les distributions provenant des plans 401(k) et IRA, ainsi que le confirme l'administration fiscale italienne (Agenzia delle Entrate) — perçues par une personne fiscalement résidente en Italie sont en règle générale imposées exclusivement en Italie, évitant ainsi la double imposition du même revenu.

Le régime forfaitaire de 7 % pour les retraités percevant une pension étrangère (article 24-ter du TUIR). Pour les personnes percevant une pension versée par un organisme étranger et transférant leur résidence dans une commune du Mezzogiorno (Sicile, Calabre, Sardaigne, Campanie, Basilicate, Abruzzes, Molise, Pouilles) comptant au maximum 30 000 habitants — seuil relevé de 20 000 par la loi 34/2026 — ou dans l'une des communes d'Italie centrale touchées par les séismes de 2009 et de 2016-2017, il est possible d'opter pour un impôt de substitution de 7 % sur l'ensemble des revenus de source étrangère (non seulement la pension, mais aussi les dividendes, intérêts, loyers et plus-values de source étrangère) pendant une période de neuf ans. La condition préalable est de ne pas avoir été fiscalement résident en Italie au cours des cinq périodes d'imposition précédentes, et de provenir d'un pays avec lequel l'Italie a conclu des accords de coopération administrative en matière fiscale — condition manifestement remplie dans le cas des États-Unis. Les éventuels revenus de source italienne restent exclus de ce régime avantageux et soumis à l'IRPEF (impôt sur le revenu des personnes physiques) ordinaire.


Les obligations envers l'administration fiscale américaine.

Ce qui complique la planification pour le citoyen américain — contrairement, par exemple, à un retraité britannique ou allemand — est le principe de l'imposition fondée sur la citoyenneté (citizenship-based taxation) : les États-Unis imposent leurs citoyens sur leurs revenus mondiaux quel que soit leur lieu de résidence, et exigent en tout état de cause le dépôt d'une déclaration de revenus fédérale (formulaire 1040), sans que cela génère nécessairement un impôt supplémentaire à payer, grâce au crédit d'impôt pour les impôts acquittés en Italie. S'y ajoutent des obligations déclaratives : le Report of Foreign Bank and Financial Accounts (FBAR, formulaire FinCEN 114) est dû lorsque le solde agrégé des comptes financiers détenus en Italie dépasse 10 000 dollars à un moment quelconque de l'année, tandis que le formulaire 8938 (FATCA) s'applique à des seuils patrimoniaux plus élevés pour les résidents à l'étranger. Du côté italien, le citoyen américain devra en outre remplir le cadre RW (quadro RW) pour la déclaration des avoirs détenus aux États-Unis et vérifier l'application de l'IVAFE (taxe sur les actifs financiers détenus à l'étranger) sur les comptes étrangers. Le dispositif FATCA, en vigueur en Italie depuis 2014, oblige les banques italiennes à identifier les titulaires de comptes présentant des indices de rattachement aux États-Unis et à transmettre leurs données à l'Agenzia delle Entrate, laquelle les transmet à son tour à l'IRS : un titulaire de compte qui refuse l'autocertification s'expose à la fermeture de son compte. Il est donc une erreur fréquente, et potentiellement coûteuse, de sous-estimer ces obligations déclaratives en pensant que le paiement des impôts en Italie épuise toute obligation envers les États-Unis.


Conclusions

La comparaison entre la croissance américaine et la croissance européenne, lorsqu'elle est menée avec les outils statistiques adéquats et complétée par des indicateurs de bien-être non monétaires, dessine une Europe moins « en déclin » que ne le suggère le discours dominant — non sans un véritable signal d'alarme concernant le capital humain et les compétences des jeunes générations, une préoccupation d'ailleurs partagée des deux côtés de l'Atlantique. C'est dans ce contexte — celui d'une sécurité économique, d'inégalités moindres et d'une qualité de vie perçue comme supérieure — que s'inscrit le choix d'un nombre croissant de citoyens américains de s'installer en Italie : non pas nécessairement une fuite face à une crise, mais plutôt un choix de vie mûrement réfléchi, rendu concrètement possible par un marché immobilier accessible, un système de santé public aux coûts maîtrisés même pour ceux qui y accèdent volontairement, et un régime fiscal — la convention contre les doubles impositions en premier lieu, et le régime optionnel de 7 % pour ceux qui s'installent dans les petites communes du Mezzogiorno — qui, correctement planifié avec l'assistance d'un professionnel disposant de compétences spécifiques en fiscalité transnationale Italie-États-Unis, peut rendre le transfert avantageux sans exposer le contribuable au risque de double imposition ou de sanctions pour manquement aux obligations déclaratives dans l'une ou l'autre juridiction.

 
 
 

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